LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE
II/ Stratégie des animaux.
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Stratégie du Lion
(transition) Le Roi en demandant à ses sujets d'avouer à leur tour, les fautes qu'ils auraient commises, « Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi » V31 se dédouane du sacrifice qu'il avait pourtant promis d'accomplir. La sincérité devient hypocrisie, la justice une grande farce, des codes parfaitement maîtrisés par les sujets de la Cour qui vont faire tout leur possible pour qu'effectivement « Le plus coupable périsse »V33, c'est à dire l'autre, le moins puissant que soi. Nous allons donc étudier la stratégie du renard qui prend la parole à la suite du Roi.
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Stratégie du renard
Le renard est un animal déjà célébré par la littérature médiévale dans le Roman de Renart où il montre sa capacité à pouvoir se jouer des autres grâce à son esprit vif et rusé.
Dans notre fable, il montre encore son ingéniosité. En effet, au lieu d'avouer ses fautes comme l'a demandé le lion, il va chercher à absoudre ce dernier. Il minimise les péchés commis par son roi « vos scrupules font voir trop de délicatesse »V35 ou encore « Est-ce un péché ? Non, non. »V37 et flagorne sans retenue « Vous êtes trop bon roi »V34, « Vous leur fîtes Seigneur // En les croquant beaucoup trop d'honneur »V37-38, le mot Seigneur placé en fin de vers accentuant encore la mise en valeur du souverain.
Pour innocenter son Roi, il va enfin recourir au renversement de culpabilité en accusant les victimes d'être coupables d'être des victimes idéales (procédé que l'on retrouve toujours régulièrement dans les cours d'assise et autre tribunal correctionnel aujourd'hui) puisqu'ils ne sont que « canaille, sotte espèce »V36 que c'est finalement un « honneur »V38 qui leur a été rendu. Il en va de même pour le Berger « digne de tous maux »V40 qualifié d'usurpateur puisqu'il fait partie de « ces gens-là qui sur les animaux // Se font un chimérique empire »V41-42 empire reposant donc seulement sur le songe et l'illusion et qui selon le renard n'a eu que ce qu'il méritait.
Le roi est mis hors de cause et le ton est donné. Les puissants seront innocentés facilement « et les flatteurs d'applaudir. // On n'osa trop approfondir.../... de petits saint » V43 au V48. Il ne reste plus qu'à trouver le coupable idéal... C'est à ce moment que l'âne intervient.
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Stratégie de l'âne
L'âne représente ici les faibles. Il vient à point nommé et tandis que les autres animaux n'avaient eu le loisir de s'exprimer « On n'osa trop approfondir »V44, il va être écouter avec la plus grande attention.
On peut tout d'abord dresser un premier parallèle entre son discours et celui du Lion puisque tandis que le lion dévorait un Berger, lui s'attaquait au champ des Moines, c'est à dire à leurs biens (on peut imaginer ici que l'âne/le fermier ait essayé d'occulter une partie de ses récoltes afin de limiter la dîme prélevée par l'Église ou qu'il ait braconné -crime passible de mort au moyen-âge ), drame à priori moins grave puisqu'il n'y a pas atteinte physique de porter contre le clergé.
On peut ensuite voir que l'âne, contrairement au lion, présente des circonstances atténuantes telles que la qualité de l'herbe « tendre »V51, « La faim, l'occasion »V51, et l'intervention du diable qui l'aurait soumis à la tentation « Quelques diables aussi me poussant »V52.
Il cherche enfin à minimiser sa faute par la quantité dérisoire qu'il aurait mangé « Je tondis de ce pré la largeur de ma langue » tandis que le Roi se vantait d'avoir dévoré maints moutons.
Après s'être écarté de la stratégie du Lion, il va y revenir en avouant sa culpabilité, péché avoué étant à moitié pardonné « Je n'en avait nul droit puisqu'il faut parler net »V54, aveu sincère que l'on peut comparer à celui du lion plus calculé « Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense »V27.
L'âne, en imitant son roi n'obtiendra bien évidemment pas le même résultat puisqu'à l'instant même où il prenait la parole, il permettait aux puissant d'en faire le coupable tout désigné.
Ainsi, l'analyse des différentes stratégies adoptées par les animaux et le résultat qui en découle nous amène à nous interroger sur la morale de cette fable, sur la parodie de justice qui nous y est présenté.
III/ QUELLE MORALE ?
A peine l'âne a-t-il fini son discours que tous se déchaînent contre lui. « A ces mots on cria haro sur la baudet »V55 baudet qui au sens figuré signifie : homme stupide, ignorant.
Il ne reste plus qu'à conclure ce simulacre de procès. Le Loup intervient « quelque peu clerc »V56 qui ne possède que quelques rudiments de Droit et n'a donc en rien les qualités suffisantes pour se faire Juge et s'impose grâce à sa « harangue »V56. On note ici l'hypocrisie du tribunal puisqu'il est dit qu'il « prouva » toujours au V56 alors qu'il ne fait qu'énumérer des accusation violentes vis à vis de l'âne. Il ne juge pas les faits mais l'animal par des attaques ad hominem « ce pelé, ce galeux »V58 en relation avec le diable, voué au malin puisque c'est un « maudit animal », et appuie son discours à l'aide des trois démonstratifs « ce, ce, ce » permettant au lecteur d'imaginer le doigt accusateur pointé sur l'âne.
Le terme « peccadille »V59 vient encore renforcer le fait que l'âne est accusé pour une broutille. Le verbe juger en tournure passive « fut jugé » permet d'occulter les responsables. Il suffit qu'une foule anonyme, ivre de sang réclame un coupable pour que n'importe quel innocent ,à partir du moment où il ne fait pas partie des puissants, soit pendu.
L'exécution est d'ailleurs également placé sous couvert d'anonymat « on le lui fit bien voir »V62 et démontrant si cela est encore nécessaire le cynisme des hommes puisque tous sont bien conscients qu'ils condamnent un innocent.
La Morale vient ainsi conclure de façon explicite ce qui précède, que la justice dépend avant tout du rang social auquel on appartient.
Conclusion :
Cette fable nous montre une vision assez négative de l'homme car personne n'est vraiment épargné. Les formes impersonnelles de la fin conduisent à une généralisation du propos.
Nous pouvons enfin apprécier à la fois la diversité des formes, du noble alexandrin décrivant un tableau apocalyptique à l'octosyllabe servant à montrer la fourberie des puissants, mais aussi la liberté de ton de La Fontaine qui ose remettre en cause certains avatars dans le fonctionnement du royaume alors que nombres d'auteurs à la même époque étaient totalement soumis à la volonté royale.
Dix ans après le « Loup et L'agneau », force est de constater que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».
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